Fédérer les ressources du Québec en recherche clinique pour offrir de meilleurs soins aux patients

Associé et directeur médical chez TVM Life Science Management et nouveau président du conseil d’administration de CATALIS Québec, Dr Marc Rivière partage sa vision afin de propulser le Québec comme leader mondial de la recherche clinique précoce. Tour d’horizon en cinq questions.

 

CATALIS : Dr Rivière, vous possédez une vaste expérience dans les opérations internationales en recherche préclinique et clinique. Quelles sont vos aspirations pour CATALIS?

Dr Marc Rivière : Je souhaite que CATALIS devienne un véhicule de rapprochement, avec toutes les précautions éthiques nécessaires entre les besoins de l’industrie, ceux des chercheurs et des institutions et l’accès pour les patients à des thérapies innovantes. Je suis persuadé que la recherche clinique peut permettre à des patients qui n’ont pas de solution thérapeutique d’être soignés avec un médicament innovant. Il y a un fort courant au Québec en ce moment, un désir de collaborer qui provient autant des institutions que des ministères impliqués. Cette dimension collaborative entre structures privées et publiques, c’est quelque chose de très important. Participer à cet effort de fédération des ressources pour offrir ultimement quelque chose de mieux pour les patients, c’est ma motivation professionnelle première.

 

CATALIS : Selon vous, quel est le principal défi en recherche clinique au Québec?

Dr Marc Rivière : Le défi auquel fait face la recherche clinique aujourd’hui au Québec, c’est la mondialisation des protocoles. Que les promoteurs industriels soient au Canada, aux États-Unis, en Europe ou ailleurs, le mode de recrutement des sites cliniques – les institutions hospitalières impliquées dans la recherche clinique – est radicalement différent d’il y a 25 ans. Ce n’est plus suffisant de recruter des médecins investigateurs et des sites cliniques sur la base de la réputation scientifique et de la géographie. Pour l’industriel, la recherche clinique reste une activité très risquée. Il y a beaucoup de médicaments candidats, peu sont approuvés, très peu sont des succès commerciaux, et les organismes payeurs ne veulent pas payer pour des « me-too ». On veut des thérapies innovantes qui changent vraiment la prise en charge des patients. C’est plus compliqué, plus cher, donc dans l’opérationnalisation de la recherche clinique du point de vue des industriels, il est devenu essentiel d’avoir des centres et des investigateurs performants et fiables. L’autre enjeu, c’est que les organismes subventionnaires traditionnels publics et philanthropiques sont aussi plus exigeants et moins généreux. Puisqu’il y a moins d’argent pour la recherche, y compris pour la recherche clinique, l’industriel devient une source majeure de financement. Il y a donc en ce moment un alignement sociologique qui est très positif entre les intérêts de l’industriel, les intérêts des patients et les intérêts des institutions de recherche.

 

CATALIS : Quelle est votre vision du développement de la recherche clinique au Québec?

Dr Marc Rivière : La recherche clinique au Québec, c’est la convergence d’un système de santé qui reste, malgré ses défauts, très performant. On a d’excellents indicateurs de santé, un système centralisé, des cliniciens et du personnel de recherche très qualifiés. On a tout pour faire du Québec un des hauts lieux de la recherche clinique. Nous avons des chercheurs cliniciens qui sont des stars dans leur domaine; ils sont sollicités pour chacune des études importantes que peuvent faire des industriels, parce qu’ils ont prouvé qu’ils sont capables de recruter des patients, que la façon dont la recherche était faite était impeccable et que leur personnel est bien formé. Il y a aussi une dimension particulière au Québec : tous les efforts faits dans le domaine de la génétique avec la population fondatrice créent un bassin de chercheurs avec un énorme potentiel d’innovation. Il y a beaucoup d’entreprises qui sortent d’ici.

 

CATALIS : Comment pensez-vous qu’on puisse arriver à attirer davantage d’investissements privés en recherche clinique précoce?

Dr Marc Rivière : En étant mieux organisés, plus rapides sur le plan administratif, avec plus de personnel formé en recherche et, surtout, en annonçant au monde extérieur qu’on est bons et qu’on a les preuves à l’appui. La compétition internationale est féroce. L’industrie pharmaceutique et biotech sont absolument indispensables à l’innovation, mais l’objectif premier demeure la prise en charge des patients. Il faut aussi travailler au recrutement et à la rétention de nos talents de chercheurs et de personnel. Et enfin, promouvoir ce qu’on est capables de faire en recherche clinique auprès des industriels. Ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui, c’est de rendre le Québec plus visible sur la carte internationale. Je pense que nos activités de recherche clinique ne sont pas assez visibles, alors qu’il y a des choses extraordinaires qui se passent ici.

 

CATALIS : On cherche à inciter l’industrie pharmaceutique et biotechnologique à investir pour mener davantage d’essais cliniques au Québec. Faut-il stimuler aussi le développement d’essais cliniques effectués à l’initiative d’un établissement ou d’un chercheur?

Dr Marc Rivière : C’est fondamental. Généralement, quand un médecin souhaite entreprendre une étude, c’est parce qu’il ou elle voit ses patients et se demande ce qu’on peut faire de mieux et ça devient une question de recherche. La recherche clinique doit être vue comme une dimension fondamentale et très innovatrice de la prise en charge des patients. Les essais cliniques effectués à l’initiative d’un établissement ou d’un chercheur, c’est le parent pauvre de la recherche. Ce n’est pas nécessairement très bien compris des instances subventionnaires classiques. Pourtant, les exigences sont les mêmes que pour la recherche clinique financée par l’industrie pharmaceutique et des biotechnologies. Ça prend le même personnel, c’est les mêmes contraintes réglementaires et bien sûr éthiques, donc ça coûte aussi très cher. Actuellement, les pharmas en financent une partie, mais ce n’est pas leur intérêt immédiat. Je crois qu’il faut faire les deux et ce n’est pas en compétition; c’est en complémentarité.

 

Propos recueillis par Isabelle Girard, CATALIS Québec.

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