Marc Rivière, Directeur Médical TVM Capital et président du conseil d’administration de CATALIS Québec

COVID-19 et essais cliniques : point de vue de Marc Rivière

Dans le cadre de la situation exceptionnelle entourant la COVID-19, CATALIS a interrogé des leaders du Québec en recherche clinique pour connaître leur point de vue sur la crise et trouver les moyens de s’adapter. Voici le point de vue de Marc Rivière, Directeur Médical TVM Capital et président du conseil d’administration de CATALIS Québec.

L’avenir de la recherche clinique après la COVID-19

Q. Selon vous, comment la pandémie de la COVID-19 transformera-t-elle la recherche clinique en cours et à venir ; sur le plan mondial et québécois ?

Personne ne peut encore prévoir comment la recherche clinique se transformera à la suite de la pandémie. L’avenir dépend de son ampleur et du temps qu’elle prendra à se résorber. De plus, si la COVID-19 devait devenir cyclique comme la grippe et revenir chaque année, le défi serait tout autre.

« Il faut protéger les patients »

Une grande proportion des études cliniques faites au Québec porte sur l’oncologie et inclut des patients à la santé fragile, et par conséquent, il est risqué de les exposer à une menace infectieuse. Des discussions sur l’éthique et la gestion de la contamination sont en cours pour protéger ces patients.

« La crise est l’occasion de réfléchir et revoir les processus administratifs et réglementaires »

Depuis le début de la pandémie, les agences réglementaires, les structures administratives et les comités d’éthique ont dû se réorganiser et s’adapter rapidement pour affronter la crise. Les protocoles portant sur des innovations dans la prise en charge des patients souffrant de l’infection à la COVID-19 sont acceptés à une vitesse impressionnante. Nous pourrons apprendre de cette période extrême et trouver des moyens de simplifier et accélérer l’ensemble des processus d’approbation des essais cliniques.

La position avantageuse du Québec

Depuis la formation de l’initiative CATALIS, le Québec a acquis un avantage compétitif lui permettant de mieux arrimer des grandes pharmaceutiques et les institutions de recherche du Québec. La province doit conserver ces acquis et nous devons utiliser les solutions trouvées dans l’urgence actuelle pour nous améliorer comme communauté de recherche. Tous les acteurs du milieu doivent travailler ensemble pour améliorer les procédés, se réorganiser et être prêts à redémarrer avec vigueur dès que la tempête sera passée. Heureusement, CATALIS est une petite structure, et peut s’adapter plus efficacement qu’une bureaucratie plus complexe.

En acceptant ce défi de réorganisation rapide avec les différents comités réviseurs, le Québec serait capable d’être opérationnel plus vite que le reste du Canada et du monde, ce qui pourrait augmenter considérablement notre compétitivité et ramener un plus grand nombre d’essais cliniques dans la province.

« La communauté de recherche clinique doit utiliser la crise pour se remettre en question
et se réorganiser »

La situation donne au secteur de la recherche clinique une chance exceptionnelle de revoir et améliorer ses méthodes de travail. Comme la majorité des essais cliniques sont suspendus, les intervenants qui n’ont pas été redéployés ou en chômage pourraient faire des tâches souvent délaissées pendant le roulement habituel et améliorer les procédés. Les auditeurs sont aussi libérés de leurs mandats et ce serait une excellente occasion de visiter virtuellement les sites de recherche pour évaluer et aider à bonifier les méthodes. Lorsque la crise sera passée, il faudra reconstituer les équipes de recherche et s’assurer de les former pour ajuster leurs pratiques à la nouvelle réalité.

Les enjeux liés à la crise de la COVID-19

Q. Quels sont, selon vous, les enjeux économiques, scientifiques, éthiques et de santé publique sur l’industrie des essais cliniques à l’ère de la pandémie de COVID-19 ?

L’enjeu majeur amené par la crise de la COVID-19 est les finances de l’industrie.

  • Plusieurs compagnies de biotechnologie risquent de fermer par manque de capital, principalement les plus petites entreprises.
  • La mise en marché de plusieurs produits sera retardée, de trois mois à un an, selon les scénarios.
  • Plusieurs employés mis à pied pendant la pandémie doivent trouver un nouveau travail. Après la crise, il est possible que plusieurs d’entre eux, particulièrement des infirmières, se relocalisent ailleurs et ne reviennent pas à leur poste en recherche clinique.

« Les entreprises qui survivront sont celles qui seront plus souples et réactives
à imaginer des solutions. »

Les impacts de la pandémie

Q. Quel est, selon vous, l’impact sur les patients ?

Ceux qui souffriront le plus de la crise à court terme sont évidemment et malheureusement les patients atteints de maladies les plus graves. Plusieurs n’auront plus accès aux traitements novateurs et à des soins personnalisés offerts par les études cliniques. D’un autre côté, il faut absolument balancer les avantages de leur participation aux études au risque de les exposer à la COVID-19.

À moyen terme, des patients avec des pathologies sévères ou orphelines pourraient ne pas recevoir un traitement à temps. Toutefois, ceux avec une maladie chronique sans risque vital immédiat seront moins touchés puisqu’ils prennent déjà une thérapie convenable.

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