Dr Gerald Batist, professeur en oncologie, Hôpital général Juif, Institut Lady Davis

COVID-19 et essais cliniques : point de vue du Dr Gerald Batist

Dans le cadre de la situation exceptionnelle entourant la COVID-19, CATALIS a interrogé des leaders du Québec en
recherche clinique pour connaître leur point de vue sur la crise et trouver les moyens de s’adapter. Voici le point
de vue de Dr Gerald Batist, professeur en oncologie, Hôpital général Juif, Institut Lady Davis.

L’avenir de la recherche clinique après la COVID-19

Q. Selon vous, comment la pandémie de la COVID-19 transformera-t-elle la recherche clinique en cours et à venir ;
sur le plan mondial et québécois ?

Une grande proportion des essais cliniques porte sur le cancer et ils doivent être poursuivis puisqu’ils font partie
intégrante des soins apportés aux patients. La recherche clinique donne accès à des médicaments novateurs qui
ne sont pas encore approuvés par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux du Québec
(INESSS). Nous devons absolument éviter que ces patients meurent prématurément par manque de soins à
cause de la pression de la COVID-19 sur le système de santé.

« La recherche clinique est grandement ralentie par la crise, mais elle doit continuer puisqu’elle assure les
meilleurs soins aux patients atteints de cancer »

Les patients atteints de cancer doivent être protégés des risques associés à la COVID-19, notamment parce que
les données chinoises et italiennes suggèrent que ces patients sont plus susceptibles d’être infectés par le
coronavirus et de souffrir de symptômes sévères. Un registre québécois a d’ailleurs été mis sur pied pour mieux
comprendre quels patients sont les plus susceptibles d’être contaminés, ainsi que pour leur apporter un soutien
direct à l’aide de consultations virtuelles avec des infirmières pivot et des psychologues.

« Les portes de l’innovation sont grandes ouvertes »

Les comités éthiques, les compagnies pharmaceutiques et les sites de recherche collaborent efficacement pour
ne pas interrompre les études en comprenant qu’il est crucial de protéger les patients tout en s’assurant
d’obtenir des données fiables et valides. Des déviations aux protocoles sont tolérées par les commanditaires et
révisées rapidement par les comités éthiques, faisant en sorte que les essais cliniques se poursuivent dans le
respect du patient. Nous avons d’ailleurs créé un comité pour documenter et évaluer les bénéfices de ces
changements afin d’examiner les avantages à maintenir de telles approches après la crise.

Les compagnies pharmaceutiques continuent d’investir dans le développement de nouveaux médicaments et
elles sont à l’affût de toute innovation qui permettrait de résoudre la crise. Par exemple, certains traitements
étudiés en oncologie pourraient être efficaces pour combattre la COVID-19. Des protocoles élaborés pour le cancer sont réutilisés pour le coronavirus entraînant un gain de temps considérable dans l’initiation d’une étude.

« Le soin des patients est au cœur de nos efforts »

Une des grandes forces du Québec, c’est l’immense solidarité de tous les intervenants de la recherche clinique.
Ils sont prêts à travailler ensemble, partager et se faire confiance. Cette entraide est un aspect encourageant qui
nous permettra de traverser la crise.

Q. Comment peut-on améliorer la recherche clinique au Québec ?

Un défi majeur de la recherche clinique est l’arrimage de la recherche et des soins cliniques. L’urgence d’agir
amenée par la crise rappelle l’importance de la recherche et demande une coopération entre les deux secteurs
au sein d’un même hôpital.

« L’engagement institutionnel est essentiel pour la réussite de la recherche clinique »

En reconnaissant que le dénouement de la crise passera en grande partie par la recherche, le secteur clinique se
positionne pour faciliter la découverte de solutions et de nouvelles options thérapeutiques. L’engagement
institutionnel envers la recherche clinique fait une grande différence dans la collaboration entre la clinique et la
recherche. Sans une telle culture au sein d’un hôpital, la lutte à la COVID-19 devient plus difficile. En sécurisant
des fonds pour le démarrage de grandes études, les hôpitaux soutiennent la recherche et contribuent à former
du personnel hautement qualifié et expérimenté.

La crise rappelle qu’un changement de culture est souhaitable pour intégrer les soins cliniques et la recherche de
façon collaborative et une réflexion devra être faite après la crise pour changer les mentalités pour le bien du
patient.

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