Dr Jean-Claude Tardif, directeur du Centre de recherche de l’Institut de Cardiologie de Montréal, directeur scientifique du Centre de coordination des essais cliniques de l’IMC

COVID-19 et essais cliniques : point de vue de Jean-Claude Tardif

Dans le cadre de la situation exceptionnelle entourant la COVID-19, CATALIS a interrogé des leaders du Québec en recherche clinique pour connaître leur opinion sur la crise et trouver les moyens de s’adapter. Voici le point de vue de Dr Jean-Claude Tardif, directeur du Centre de recherche de l’Institut de Cardiologie de Montréal, directeur scientifique du Centre de coordination des essais cliniques de l’IMC.

Q. Selon vous, comment la pandémie de la COVID-19 va transformer la recherche clinique en cours et à venir; sur le plan mondial et québécois ?

L’impact de la COVID-19 sur la recherche clinique a été immédiat : l’étude COLCORONA en est un bon exemple. À cause du confinement, des mesures ont dû être prises pour éviter que les patients ne sortent de la maison : recrutement par téléphone, consentements électroniques, livraison à domicile des médicaments et suivis téléphoniques.

« La crise nous a obligés à trouver des solutions novatrices pour pouvoir mener les études rapidement »

La crise est une occasion d’en apprendre énormément sur la recherche clinique à distance. Ces méthodes pourront certainement être adoptées dans le futur. D’ailleurs, dès que la pandémie sera résolue, nous annoncerons la tenue d’une nouvelle étude qui sera mise en place avec ce type d’approche, c’est-à-dire sans que les patients doivent se présenter dans les cliniques ou les hôpitaux.

Q. Quels sont, selon vous, les enjeux économiques, scientifiques, éthiques et de santé publique sur les essais cliniques à l’ère de la pandémie de COVID-19 ?

Le but des essais cliniques est de démontrer les effets de nouveaux traitements et approches pour les patients. Ces études sont la clé pour trouver des solutions pour résoudre la crise. La situation inattendue amenée par la COVID-19 nous a forcés à user de créativité pour mener les recherches sans que les patients aient à se déplacer. COLCORONA est une première mondiale qui a été organisée en six jours, un temps record et qui implique des outils technologiques et téléphoniques qui viennent avec une réduction considérable des coûts opérationnels. 

« Il ne faut pas répéter les erreurs du passé »

L’industrie pharmaceutique s’est éloignée des études de microbiologie et de virologie lors des dix (10) dernières années et y a peu investi. En rétrospective, cette stratégie était une erreur puisque les infections demeurent une menace pour l’humanité et doivent être investiguées plus attentivement. S’il est naturel d’assigner plus de ressources à la recherche sur la COVID-19 actuellement, il sera important de continuer les investissements dans le domaine de l’infectiologie dans le futur. Toutefois, les pathologies comme les maladies chroniques incluant les maladies cardiovasculaires, les cancers et la démence devront continuer d’être adressées parce que ce sont des enjeux majeurs de morbidité et de mortalité.

Q. Quel est, selon vous, l’impact sur les patients ?

La recherche clinique, c’est ce qui fait avancer les pratiques de soins des patients et améliorer tous les aspects de la médecine, tels que les diagnostics, les algorithmes de traitement, les thérapies, etc.

Les études contrôlées randomisées à double insu avec une bonne puissance statistique sont la base de toute nouvelle connaissance pour modifier substantiellement la pratique médicale. Lors de l’arrivée du VIH et de l’éclosion du SRAS, des études ouvertes (sans double insu) de petites tailles ont été conduites et ont mené à des conclusions qui n’étaient pas robustes. Il faut apprendre des erreurs du passé. Dans le cas de la COVID-19, seul un essai clinique robuste amènera des réponses adéquates pour le patient, le système de santé et le gouvernement.

« Le patient est au cœur de la recherche clinique »

La pandémie nous rappelle l’importance de la recherche clinique dans la médecine et surtout, elle souligne le rôle du patient au cœur de la solution. Si celui-ci n’accepte pas de participer aux études, on n’obtiendra pas de réponse, de traitement et de vaccin à court terme.

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