Dre Angela Genge, Neurologue et directrice, Unité de recherche clinique, Institut et hôpital neurologiques de Montréal

COVID-19 et essais cliniques : point de vue de Angela Genge

Dans le cadre de la situation exceptionnelle entourant la COVID-19, CATALIS a interrogé des leaders du Québec en recherche clinique pour connaître leur point de vue sur la crise et trouver les moyens de s’adapter. Voici le point de vue de Dre Angela Genge, Neurologue et directrice, Unité de recherche clinique, Institut et hôpital neurologiques de Montréal

Q. Selon vous, comment la pandémie de la COVID-19 transformera-t-elle la recherche clinique en cours et à venir ; sur le plan mondial et québécois ?

Au Neuro, la recherche se poursuit malgré la crise. Le Neuro a été désigné hôpital non-COVID dans le but de protéger notre population spécialisée de patients. Une deuxième installation située à l’extérieur de l’hôpital permet d’accueillir les patients et des arrangements ont été pris avec le comité d’éthique pour permettre le transfert si nécessaire. Toutefois, la crise a fourni l’occasion de trouver de meilleures façons de mener des essais cliniques afin d’attirer plus d’études cliniques pour les Québécois. Le fait que la majorité des études de l’institut soient commanditées par les compagnies pharmaceutiques nous donne un aperçu de comment le futur pourrait être différent du présent.

« La crise est l’occasion d’attirer les compagnies pharmaceutiques afin de poursuivre ici les études qui ont dû être interrompues ailleurs dans le monde à cause de la COVID-19. »

Alors que de nombreuses villes américaines et européennes ont dû suspendre leurs essais cliniques, les compagnies pharmaceutiques font maintenant face à délais importants désastreux et elles doivent trouver une solution pour poursuivre leurs études ne portant pas sur la COVID-19. Le système de santé québécois résiste à la crise et la situation est sous contrôle, ce qui nous donne l’opportunité d’attirer ces études interrompues pour obtenir les résultats nécessaires à l’atteinte des objectifs primaires. Notre mandat est d’être efficace, efficient et capable de continuer l’exécution d’essais cliniques de grande qualité. La pandémie est l’occasion de démontrer que le Québec est un endroit solide et performant pour le développement des médicaments.

Améliorer les méthodes de recrutement des patients

Le recrutement est grandement ralenti par la crise puisque les médecins ne voient plus les patients et ne les réfèrent plus dans les études. Pour poursuivre la recherche, il est crucial de trouver de nouveaux moyens de procéder. En cette période de confinement pendant laquelle les gens passent beaucoup de temps devant leur ordinateur, les réseaux sociaux pourraient être utilisés à cette fin. Un vaste registre des patients et de leur maladie devrait être mis sur pied pour mieux identifier ceux qui sont admissibles aux essais cliniques. Nous avons trois types de dossiers médicaux électroniques (RAMQ, DSQ et Omnimed/Oasis) qui seraient des ressources idéales pour développer ces plateformes.

« Une communication directe avec les patients devrait être établie pour favoriser le recrutement, alors que les initiatives sont limitées par le manque de connaissance des considérations éthiques en lien avec ces démarches. »

Les comités éthiques ont une attitude protectrice pour s’assurer que les patients ne sont pas recrutés sous la contrainte. Cette protection les empêche pourtant d’obtenir des informations dont ils auraient besoin plus directement. Il faut mieux les informer et rendre les études plus accessibles. Le système actuellement en place est inadéquat et les gens peinent à trouver des essais qui se déroulent pourtant à proximité de chez eux et qui leur seraient utiles. Il faut absolument revoir notre approche avec les comités d’éthiques afin de recruter directement plus de patients dans nos études pouvant les aider et améliorer leur santé ainsi que leur qualité de vie.

Q. Comment pourrions-nous améliorer notre façon de faire la recherche clinique au Québec ?

Au Neuro, Dre Genge est la responsable de l’unité de recherche clinique. Elle aide les chercheurs à bâtir leur profil pour attirer les compagnies à mener des études correspondantes à leur population de patients. Le financement des essais cliniques par l’industrie pharmaceutique permet au centre de s’autofinancer et d’avoir ses propres locaux.

« Les hôpitaux universitaires doivent valoriser les études financées par les pharmaceutiques. » 

Les centres les plus productifs sont ceux dans lesquels les administrateurs sont impliqués dans la pérennité financière et participent au recrutement des patients. Les infrastructures ayant leurs propres locaux qu’ils peuvent rénover et qui sont près de la clinique sont les plus efficaces. Les sites de recherche devraient être plus proactifs à générer des revenus et avoir peu besoin du soutien financier des hôpitaux.

Un soutien doit être apporté aux chercheurs pour encourager la recherche. Une mesure profitable consiste à leur offrir des incitatifs à mener des études cliniques et à recruter plus de patients, tout en leur laissant le contrôle et la liberté dans la conduite de leurs projets. À l’inverse, leur demander de débourser pour utiliser les infrastructures des unités de recherche clinique les décourage. La collaboration entre la recherche et les soins cliniques est garante de succès et doit se développer dans les centres hospitaliers.

 

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