Dominique Johnson, directrice générale du Groupe McPeak-Sirois de recherche clinique en cancer du sein.

COVID-19 et essais cliniques : point de vue de Dominique Johnson

Dans le cadre de la situation exceptionnelle entourant la COVID-19, CATALIS a interrogé des leaders du Québec en recherche clinique pour connaître leur point de vue sur la crise et trouver les moyens de s’y adapter. Voici le point de vue de Dominique Johnson, directrice générale du Groupe McPeak-Sirois de recherche clinique en cancer du sein.

Q.  Selon vous, comment la pandémie de la COVID-19 va-t-elle transformer la recherche clinique en cours et à venir ; sur le plan mondial et québécois ?

 La plus grande transformation amenée par la COVID-19 est l’immense collaboration qui est en train de s’installer à tous les niveaux : agences réglementaires, comités d’éthique, ORCs, pharmaceutiques, sites de recherche, chercheurs et patients. Les mesures d’urgence qui sont appliquées aujourd’hui devraient devenir les meilleures pratiques de demain, se concentrant sur la sécurité du patient, mais aussi sur les données critiques. La crise montre qu’il n’est peut-être pas nécessaire d’intégrer autant d’objectifs secondaires. Les études gagneraient à être davantage centrées sur le patient et sur les variables auxquelles des réponses doivent être trouvées.

« La crise met en lumière la capacité du système à revoir les nouvelles études et à se concentrer sur les éléments essentiels, axés sur les patients. »

La crise a forcé la décentralisation des essais cliniques, un sujet qui est pourtant discuté depuis des années. La télémédecine apporte des bénéfices majeurs pour les patients en leur permettant notamment de diminuer les visites aux sites de recherche et de mitiger le risque d’infection. Cette approche donnerait accès à plus de participants aux études, en particulier pour les personnes à mobilité réduite ou les personnes âgées ayant besoin d’aide pour se déplacer. Nous devrions nous inspirer des nouvelles pratiques instaurées dans le cadre de l’urgence sanitaire et conserver ces mesures, en améliorant leur standardisation. 

Q. Quels sont les enjeux économiques, scientifiques, éthiques et de santé publique sur l’industrie des essais cliniques à l’ère de la pandémie de COVID-19 ?

Pour contrer les aspects négatifs amenés par la pandémie, il faut cesser de considérer la recherche clinique comme une activité accessoire au budget d’exploitation des hôpitaux. La crise nous donne l’occasion de revoir cette culture institutionnelle : la recherche clinique devrait faire partie intégrante des soins aux patients. Le recours aux études ne devrait pas être la dernière option proposée, après que toutes les autres aient échoué. Le support institutionnel est déterminant pour y arriver, non seulement budgétairement, mais surtout du point de vue de la philosophie d’établissement.

« La COVID-19 est une occasion de transformer positivement la recherche clinique, tout en améliorant l’expérience-patient. »

La population est plus sensible à la recherche clinique, car elle comprend que des études sont essentielles pour trouver un médicament, un vaccin et des méthodes préventives. Les gens sont très interpellés en ce moment par la nécessité de la recherche clinique, de son utilité et son importance. Il reste à voir si cette prise de conscience se traduira en hausse de la participation aux essais. Les organismes comme CATALIS et le Groupe McPeak-Sirois peuvent jouer un rôle important non seulement pour bonifier les façons de faire et optimiser les activités, mais aussi pour améliorer la compréhension du grand public envers la recherche clinique.

Les nouveaux projets de recherche ont été approuvés en des temps records. Le processus habituel visant à appliquer les standards et les bonnes pratiques a évidemment été maintenu par les comités d’éthique et Santé Canada.  C’est plutôt du point de vue de l’organisation du travail et la façon de faire que le changement s’est plutôt produit.  Les différents groupes qui se préoccupent de la sécurité et l’éthique des essais cliniques ont agi en synergie, avec plus de collaboration et de communication pour permettre aux essais de démarrer plus rapidement. Ils seront probablement victimes de leur succès : comme ils ont été extraordinaires pendant la crise et ont montré qu’ils étaient capables d’approuver les protocoles plus rapidement, on demandera que ces nouvelles mesures persistent. Plus vite les tâches initiales (éthique, budget et contrats) sont finalisées, plus la période de recrutement est longue et plus de patients ont accès aux études.

« S’il a été possible d’accélérer les démarches pendant la pandémie, pourquoi ne serait-il pas possible de conserver ces changements dans le futur pour les autres aires thérapeutiques ? »

Q. Quel est l’impact de la crise sur les patients?

La crise amène des impacts positifs et négatifs. Le ralentissement ou l’arrêt du recrutement dans les études actives ont retiré à plusieurs patients l’accès aux traitements de pointe et retarderont probablement l’obtention des résultats ainsi que la commercialisation de nouveaux produits.

D’un autre côté, la recherche clinique à distance améliore l’expérience-patient en nécessitant moins de visites aux sites de recherche, tout en continuant de bénéficier de l’approche de suivi plus serré donnée dans le cadre des essais cliniques.

Q. Comment pourrions-nous améliorer notre façon de faire la recherche clinique au Québec ?

Il faut continuer de réfléchir à comment rendre la recherche clinique plus efficace et plus stratégique. L’élaboration de devis expérimentaux doit permettre de répondre aux questions cliniques, tout en bonifiant l’expérience-patient. Les processus d’approbation des protocoles doivent être améliorés, accélérés et harmonisés. Par exemple, il arrive qu’un comité d’éthique à la recherche (CÉR) local remette en doute les décisions du CÉR évaluateur, ce qui a pour effet de retarder l’approbation finale de l’étude et le démarrage du recrutement.  Chaque CÉR fait pourtant partie du même système de santé et élabore ses décisions en fonction des mêmes lois et avec les mêmes préoccupations pour la sécurité du patient.  Ceci ne devrait pas avoir lieu.

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